Première Guerre Mondiale : Les douaniers en première ligne : les « missions spéciales »

En 1915, l’état-major français décide la création de l’École des missions spéciales pour former, dans le plus grand secret, des dizaines d’espions qui seront déposés de nuit par nos aviateurs derrière les lignes ennemies pour y mener des actions de sabotage et de renseignement.

Le profil recherché : des « hommes courageux pourvus d’une connaissance aiguë du terrain ». Le choix s’arrête sur le corps militaire des douanes et c’est à Hermonville que ces douaniers seront formés avec d’autres militaires aux rudiments de l’espionnage ». Au-delà du flair légendaire attribué traditionnellement à nos « gabelous », c’est leur connaissance des départements frontaliers et pour certains de la langue allemande qui vont les désigner pour ces missions à haut risque.

Après avoir subi un entraînement spécifique, les douaniers vont multiplier des missions très risquées, et réussir des faits d’armes inédits. Ces « missionnaires », opérant en civil savaient que s’ils étaient pris, ils seraient fusillés comme espions après un jugement sommaire… 23 de ces 52 « missions spéciales » seront menées à bien par des douaniers et couronnées de succès. Au-delà du renseignement tactique, les sabotages organisés contribueront à déstabiliser le dispositif ennemi. Leurs pilotes s‘appelaient de Rose, Védrines, Navarre, de Rose et même Guynemer à ses débuts de pilote militaire !

Le premier mort de la guerre de 1870 est un « préposé des douanes » : Pierre Mouty avait refusé de se rendre le 23 juillet au soir à Schreckling en Moselle. Le premier blessé de la guerre de 14, le 2 août à 4 heures du matin, est un « préposé des douanes » de la brigade de Suarce dans le Territoire de Belfort, Georges Laibe. En reconnaissance du rôle joué par les douaniers, le 14 juillet 1880, lors de la revue de Longchamps, le président Jules Grévy remettra au corps des douanes son premier drapeau.

Remise du drapeau le 14 juillet 1880 par le président Jules Grévy – Gravure Armand Colin

La douane ou les douanes ? Militaires en civil ou civils en uniforme ? Finalement, on sait très peu de choses sur la douane et encore moins sur nos douaniers ; Ils ont pourtant joué un rôle militaire significatif en première ligne dans toutes les guerres dans lesquelles la France a été engagée pendant plus de deux siècles.

Pour honorer leur mémoire et traiter d’un sujet méconnu, la Voix du Béarn se devait de relater cette page d’histoire écrite avec le sang et la sueur de nos douaniers. Alors que certains pensent qu’avec la création de l’Europe les douaniers ont disparu, qu’ils se rassurent… Ils sont toujours en première ligne et fournissent même avec la DNRED l’un des six services de renseignement français. Face au terrorisme, à la criminalité organisée, aux trafiquants de drogue ou d’être humains, ils sont de ceux qui s’attaquent au nerf de la guerre. Leur « flair », certes légendaire, est prolongé par des moyens informatiques puissants. Sans parler des coopérations avec d’autres services de sécurité (police, gendarmerie) en France et à l’étranger ainsi que l’assistance opérationnelle de nos armées…

Pour en parler, la Voix du Béarn a choisi de consacrer cette dixième émission des « Français qui parlent aux Français » à ces « missionnaires » pour leur rendre un hommage mérité. A cet effet, Joël-François Dumont s’est entretenu avec Yvan Chazalviel, ancien attaché douanier à Berlin.

Joël-François Dumont : La douane existe presque dans tous les pays du monde. Les missions de la douane varient beaucoup d’un pays à l’autre. On peut dire que la douane est avant tout une institution économique et financière à caractère fiscal et sécuritaire. Yvan Chazalviel, toute votre vie professionnelle, vous l’avez passée au sein de la douane française. Alors la douane, qu’est-ce que c’est ?

Yvan Chazalviel :  Je crois, Joël-François, que vous l’avez fort bien présentée. La douane, c’est une administration qui est partagée entre différentes missions, quel que soit le pays. Une mission fiscale c’est-à-dire, collecter de l’argent d’abord pour l’État et ensuite pour des entités politiques plus larges comme l’Union européenne. C’est également une administration économique qui est là pour aider l’opérateur, l’aider directement ou indirectement, on pourra y revenir.

Lorsque Colbert prenait des ordonnances pour favoriser les manufactures françaises en taxant fortement les produits importés, il s’appuyait sur la « Ferme Générale », l’ancêtre donc des douanes, pour prendre des mesures économiques protectionnistes. Ça peut être aussi des mesures économiques libérales. Cela viendra beaucoup plus tard.

Et enfin, le rôle sécuritaire de la douane s’est renforcé d’année en année, et encore davantage après 2015 et les attentats.

Joël-François Dumont : Alors on sait très bien qu’il y a douaniers dans les aéroports, on a des douaniers aux frontières mais aujourd’hui avec l’Europe, il n’y a plus de frontières. Le rôle des douaniers, le rôle de la douane ont-ils changé avec l’Europe ?

Yvan Chazalviel, Ancien attaché douanier pour l’Europe du Nord à Berlin – Photo © Joël-François Dumont

Yvan Chazalviel :  Je crois que j’ai vécu ce changement puisque je suis entré en douane en 1981. J’ai connu 1993, la suppression des frontières fiscales et douanières. Cette suppression nous a obligés à changer fondamentalement de méthode.

On a remplacé les gardes statiques aux frontières et le côté « caricatural » du douanier qui regarde si vous n’avez pas une bouteille d’alcool en trop pour créer une douane mobile et présente sur l’ensemble du territoire. Ce qui a d’ailleurs énormément changé le métier et la capacité d’initiative des agents. Parce qu’entre une escouade qui vient prendre une relève à la frontière et qui va regarder les voitures passer et en arrêter en routine quelques-unes… et une équipe qui, à bord d’un véhicule, va choisir ses propres cibles en fonction notamment mais pas seulement des critères qu’on va lui donner, la part faite à l’initiative des agents est devenue extrêmement importante… et motivante.

Joël-François Dumont : Une partie de votre formation, Yvan Chazalviel, c’est l’histoire et c’est votre passion également. On pourrait peut-être parler de l’histoire de la douane parce qu’elle est très mal connue des Français.

Yvan Chazalviel :  C’est une vaste question en effet. Moi je suis juriste de formation et historien de cœur, si bien que j’ai toujours eu un œil pour ce passé qui éclaire notre avenir. C’est vrai que l’histoire des douanes est assez mal connue malgré les efforts du musée des douanes, et de l’Association pour l’histoire de l’administration des douanes (AHAD). On a fait beaucoup de choses pour la connaître, mais c’est resté quand même pour partie une affaire d’initiés, je dirais peut-être jusqu’au centenaire de la guerre 14-18 qui nous a permis de découvrir énormément de choses.

Joël-François Dumont : La douane sans frontières, aujourd’hui, qu’est-ce que c’est ?

Yvan Chazalviel :  La douane sans frontières, c’est une douane qui intervient sur l’ensemble du territoire national d’une part et qui collabore pleinement avec les douanes et pas seulement les douanes, mais également les services de police et de justice des autres, des pays voisins, voire de pays très lointains.

Avant mon départ à la retraite, j’ai occupé pendant quelques années à Berlin, le poste d’attaché douanier régional  de 2013 à début 2021. Mon rôle était de faire circuler l’information entre la douane française et des douanes, des polices ou des services de pays partenaires, pour lutter contre la grande fraude.

Joël-François Dumont : Quand vous étiez à Berlin à l’ambassade de France, vous ne partagiez pas votre bureau avec des spécialistes de questions financières ou économiques, vous étiez avec la mission militaire.

Yvan Chazalviel :  J’allais dire, pour rester dans le ton militaire, « les deux mon général » car pour l’administration des douanes les deux sont très complémentaires … Certes, le poste d’Attaché douanier à Berlin se trouve contigu à un pôle de sécurité qui comporte l’attaché de sécurité intérieure, l’attaché fiscal, la mission militaire et d’autres services. Nous sommes sur la partie sécuritaire des douanes, mais ça nous empêche pas non plus, cela ne m’a pas empêché de travailler avec les services économiques du Trésor au sein de la même ambassade, notamment pour aider les douanes et les opérateurs de transport de la zone à se préparer au Brexit et permettre, par exemple, au camionneur allemand de pouvoir franchir aisément la frontière franco-anglaise, malgré le rétablissement d’un certain nombre de formalités.

Joël-François Dumont : J’ai eu la surprise de vous voir les 14 juillet, 8 mai et 11 novembre, devant le « Monument aux morts français de Berlin ». Vous étiez en uniforme. Je n’avais jamais vu un officier des Douanes en uniforme.

Yvan Chazalviel :  Je dirais que c’est affaire de circonstances. Et l’administration a la bonne idée de nous laisser dans certaines circonstances l’opportunité de choisir si nous sommes en civil ou en uniforme. C’est vrai que la douane est un service dont une partie des agents, la branche surveillance,  est en uniforme, qui a des traditions militaires dont il reste, malgré leur atténuation, quelque chose dans nos marques  de grades, dans notre symbolique, dans nos insignes. Et je pense que c’est important.

Commémoration du 11 novembre devant le Monument aux morts français pour Berlin – Archives 2018 © JFD

Lors des grandes commémorations nationales, il y a eu aussi – ce sont des souvenirs plus émouvants – les minutes de silence pour les morts des différents attentats que la France a subi. Je pense que, dans ces circonstances, surtout quand on est seul de son espèce et qu’on représente un service contribuant à la sécurité nationale, c’est bien d’« afficher la couleur », de montrer et dire qui on est et qui on représente.

Joël-François Dumont : Alors posons la question maintenant au colonel Yvan Chazalviel, colonel des douanes. Parlez-nous « de l’habit vert » …

Le colonel des Douanes Yvan Chazalviel à Berlin - Photo © Joël-François Dumont
Yvan Chazalviel, Directeur des services douaniers à Berlin – Photo © Joël-François Dumont

Yvan Chazalviel :  Mon Dieu. Alors, « colonel » d’abord. C’est un petit abus de langage. Nous portons les grades militaires selon une équivalence de grade qui nous est reconnue depuis Louis-Philippe, si je ne me trompe, qui ont un peu bougé à la marge, mais peu importe. Mais, comment dirais-je, mon titre officiel serait « directeur des services douaniers », ce qui est ma foi, beaucoup plus long à dire et beaucoup moins commode que colonel. Mais je pense que, selon qu’on est dans un milieux civil ou militaire, les deux se comprennent parfaitement, surtout pour parler de l’habit vert comme vous m’y invitez.

L’habit vert

L’habit vert, certes, c’est l’héritage napoléonien, mais je vais revenir un tout petit peu un arrière et, si vous voulez bien, un peu avant 1791. Comment la royauté perçoit-elle les droits de douane ? Parce que les droits de douane, on en a besoin pour faire rentrer de l’argent dans un budget de la monarchie qui, pendant les dernières années qui précèdent la révolution de 1789, a été constamment déficitaire. Donc pour faire rentrer l’argent, le système qui avait été retenu et qui va s’avérer être totalement antiéconomique est confié à une entreprise privée, la ferme générale, avec des attributs de service public, le soin de collecter certains impôts. Et évidemment le bénéfice de cette entreprise se situe entre ce qui revient au trésor royal et ce qu’elle a perçu sur les redevables. Il y a encore, dans certains pays lointains, des sociétés privées qui collectent encore l’impôt, les droits de douane, pour le compte d’États qui n’ont pas une structure étatique suffisamment forte pour avoir leur propre douane.

Joël-François Dumont : Napoléon avait ses « chasseurs verts », il avait ses « 35.000 baïonnettes » et ce régiment des douaniers au siège de Hambourg.

De quoi s’agit-il ?

Yvan Chazalviel : Là nous rentrons vraiment dans les fastes napoléoniens des douanes françaises, d’une époque où il y avait 36.000 douaniers et 36.000 n’est pas un chiffre qu’on jette comme ça sur la table. Il y avait au plus fort du développement de l’empire français, les douanes étaient présentes de Hambourg jusqu’aux provinces illyriennes.

Il y avait 130 départements français dont certains étaient Français de fraîche date… et ne le sont pas restés. Et pour faire fonctionner tout ça, et surtout pour appliquer le blocus continental, il fallait des douaniers. C’est-à-dire qu’il fallait des gens pour percevoir les droits, mais il fallait aussi des jambes pour courir le long de la frontière et des bras pour appréhender la fraude. D’où un très fort recrutement de douaniers auxquels l’empereur donne l’uniforme vert, ce qui les fera passer à la postérité comme « les chasseurs verts de Napoléon ».

Alors tant que l’Empire marche, si je puis dire, ils sont là, sur des tâches de perception, de la protection contre la contrebande anglaise qui est la grande affaire des années 1810. Et puis, quand l’Empire va battre de l’aile à partir de 1812-1813, à partir de l’échec de la campagne de Russie et du reflux des armées napoléoniennes, il va falloir à la fois adapter le dispositif douanier et en même temps contribuer à la défense de l’espace restant. Et c’est ainsi que les douaniers qui n’avaient pas le statut militaire – mais la question ne se posait pas à l’époque – mais qui étaient en uniforme et en armes et étaient de surcroît tous d’anciens militaires vont participer à un certain nombre d’actions de défense. En particulier, après la bataille de Leipzig, ils vont s’illustrer au siège de Hambourg, de décembre 1813 à mai 1814. Il y aura à Hambourg un régiment douanier, interarmes puisqu’il comportait de l’infanterie, de l’artillerie et même un élément fluvial ; le Maréchal Davout à qui avait été confiée la défense de la ville prendra même comme garde du corps une unité à cheval de la douane.[2]

Joël-François Dumont : Alors en 1870, un peu plus tard, la douane a vraiment acquis sur le plan militaire ses lettres de noblesse.

Yvan Chazalviel :  Oui, mais cela ne « tombe pas rôti dans le bec », si je puis m’exprimer ainsi. La douane va d’abord connaître la période de la Restauration avec une épuration des cadres et une diminution du nombre de douaniers. Comme ces douaniers sont d’anciens militaires et supposés pour la plupart bonapartistes, le pouvoir royal va tailler un petit peu dans les effectifs. Par ailleurs, d’anciens nobles émigrés vont revenir en France et demander des postes. Et on va leur accorder de très beaux emplois dans la douane. Mais ça, c’est le jeu de l’alternance qu’on retrouve dans toutes les administrations à cette époque-là.

La période charnière, c’est 1830, avec l’arrivée de Louis-Philippe qui ne va nous donner officiellement à partir de 1832 un statut militaire et qui va mettre sur pied quelque chose qui va être perfectionné ensuite sous le second Empire et sous la troisième République, une organisation militaire.

Louis-Philippe était, on le sait, un roi bourgeois. On se souvient de Guizot « enrichissez-vous », mais la monarchie de Juillet, ce n’est pas que cela : c’est la participation à la guerre qui va faire naître le royaume de Belgique. C’est aussi la poursuite de la conquête de l’Algérie. Donc, c’est une monarchie qui assure l’ordre intérieur, mais qui se montre active à l’extérieur et qui, pour pouvoir projeter l’armée à l’extérieur, renforce les pouvoirs militaires des douanes en cas de besoin.

Je vais faire un petit parallèle avec la garde nationale. On a dit que la garde nationale était le meilleur support de Louis-Philippe.

C’était vrai et en même temps, c’est un support dont on se méfie puisque la garde nationale n’est pas complètement fiable. On se souvient du serment de Joseph Prudhomme qui est rapporté par Xavier Raufer dans « A qui profite le jihad ? ».[3]

Je me permets de lui emprunter cette citation de Joseph Prudhomme, selon Gustave Flaubert, qui prête serment en disant « je jure de défendre les institutions et au besoin de les combattre ». Voilà un peu le serment caricatural de la garde nationale et donc je pense que la monarchie Louis-Philipparde a souhaité pouvoir s’appuyer sur les douaniers, au moins pour la défense des côtes et des frontières, sachant que sur cette tâche-là, la garde nationale n’était pas complètement fiable.

Joël-François Dumont : Il s’est quand même passé quelque chose qui est totalement méconnu des Français. 1870 marque un grand tournant sur le plan militaire. On a besoin de faire du renseignement, savoir comment les Allemands opèrent, combien ils sont, où ils sont et quels sont leurs projets. Et là, les douaniers vont s’illustrer.

Yvan Chazalviel : Oui, tout à fait. En 1870, nous avons un gros problème pour savoir où sont les armées allemandes qui, pour faire très clair, ont mobilisé beaucoup plus vite que nous. Et donc les douaniers vont déjà être employés comme ils le seront en 14 pour observer la frontière et d’ailleurs c’est ainsi que le premier mort de la guerre de 70, sera un douanier, le préposé Mouty. 

Mouty est en poste avec son collègue Lejust sur la route entre Sarrelouis et Thionville à Schreckling. Il voit venir des formes, une troupe en marche qui se rapproche d’eux qui leur dit « rendez-vous » : les deux braves croisent la baïonnette, les agresseurs tirent et le douanier Mouty tombe, percé de coups. Lejust sera grièvement blessé mais en réchappera. Notre premier mort de 1870, c’est un douanier, cinq jours avant le premier militaire tué dans le même conflit.

En Alsace-Lorraine, les douaniers ont été bien plus que des sentinelles – Commémoration du 11 novembre à Longwy

Durant le conflit la douane va effectivement être utilisée pour faire du renseignement en particulier au profit des places assiégées. Nos armées se réfugient dans des places fortes.

Le colonel Blot et les Douaniers aux rotondes défendent Strasbourg assiégée [4] par Émile Schweitzer – (Gallica.bnf.fr)

Strasbourg, Belfort, Bitche, Longwy et là les douaniers vont effectivement servir au commandant de garnison d’yeux et d’oreilles pour aller observer ce qui se passe à l’extérieur de la place. Donc les douaniers sont utilisés comme éléments de reconnaissance avant certaines sorties et notamment, Denfert-Rochereau, lorsqu’il parlera de la défense de Belfort, citera les unités douanières qui lui ont permis de « voir clair autour de la place de Belfort » et de prendre des mesures de défense.

Le combat de Chenebier par Alphonse de Neuville au Musée d’Histoire de Belfort – Collection Musée de Belfort

Quand vous regardez le Lion de Belfort, ayez une pensée pour les douaniers du Haut-Rhin qui ont contribué à sa défense en 1870.

Joël-François Dumont : Revenons à 1870 : l’habit des douaniers qui était vert est devenu bleu. La douane a été réorganisée complètement en fonction de la guerre ?

Yvan Chazalviel :  Tout à fait. Lorsque la guerre éclate, la douane porte l’habit vert. En plus il est hérité du Premier Empire. Pensez bien que sous le Second Empire, on n’allait pas changer la couleur des douaniers puisque c’était la couleur de l’uniforme donnée par l’oncle… Le neveu n’allait pas revenir là-dessus. En revanche, après la défaite, après 1870, on va réfléchir, on va changer l’uniforme du douanier. Le douanier va être en bleu. Le bleu est, à l’époque, « l’habit de la revanche » pour garder la « ligne bleue des Vosges » ; l’uniforme va se militariser de plus en plus.

C’est très net. Nous devons à la mémoire de la défense de Hambourg le passepoil rouge reçu en 1835, qui s’est ensuite transformé en bande rouge – qui reste à l’heure actuelle encore une caractéristique du pantalon des douanes en grande tenue. On va également changer les insignes. On va adopter en 1875 le cor et la grenade, le cor symbole des unités légères de tradition chasseur qui font de l’éclairage, de l’observation, et la grenade, symbole des compagnies de grenadiers qui constituent traditionnellement l’élite de l’infanterie dans l’armée. Donc cette association Cor & Grenade est devenue véritablement à cette époque-là et est encore aujourd’hui l’insigne distinctif des douanes françaises.

Joël-François Dumont : Pour la plupart, on peut dire que les douaniers étaient employés comme guides, comme éclaireurs, comme téléphonistes voir même comme mitrailleurs.

Yvan Chazalviel : Oui alors ça c’est je dirais c’est le résultat d’une longue évolution. Au départ, les douaniers sont formés en bataillons. La chose la plus importante, c’est qu’en cas de guerre, les douaniers depuis le statut de 1882, sont constitués en bataillons de marche, bataillons actifs et en bataillons sédentaires, bataillons forteresse pour défendre la frontière. Et ce basculement du statut civil dans le statut militaire se fait en cas de mobilisation. Mais comme on ne peut pas faire cela du jour au lendemain, bien entendu, les douaniers participent aux grandes manœuvres nationales annuelles. On a des tableaux qui représentent des douaniers guidant des troupes à la frontière franco-italienne dans les années 1880. On peut voir également une militarisation dans le fait que les douaniers sont encasernés. Dans les localités frontières importantes, ils vivent entre eux dans des casernes, ce qui les coupe un peu de la population. Et, on va comme l’armée, suivre les modes militaires. L’habit va changer de forme. On va suivre de très près ce qui se fait au niveau de l’armée.

Les douaniers vont également demander à bénéficier des mêmes avantages que les militaires et ça, cela ne leur sera que partiellement accordé. Il faut savoir qu’à l’époque le douanier est le fonctionnaire, le douanier en tenue est le fonctionnaire le moins gradé – donc le moins payé… Il y a des pages d’Alphonse Daudet, notamment, où il raconte l’agonie de la Sémillante, un bateau qui vient de se briser sur les récifs de Bonifacio ; il y a deux douaniers abrités dans une cabane avec le narrateur; l’un est atteint de paludisme, l’autre lui raconte combien le métier est dur.

Durant la IIIème République, on rencontre régulièrement cette revendication des avantages militaires dans la presse professionnelle. « On est militaires mais vous ne nous accordez pas tout ce qui va avec. » Il y aura notamment beaucoup de débats sur la création d’une médaille militaire pour les douaniers et, en fait, on va créer une médaille d’honneur des douanes, très belle, qui a été créée en 1892 et qui s’inspire assez de la médaille militaire. Il y aura aussi le tabac de cantine. Jeune douanier en 1982 j’ai touché du tabac de cantine qui était la survivance d’un « privilège » qui remontait aux années 1880.

Joël-François Dumont : Sur le plan militaire, le premier mort de la guerre de 1870 est un douanier ; le premier blessé en 1914, c’est un douanier. On peut dire que les douaniers étaient toujours en première ligne ?

Yvan Chazalviel : Oui alors surtout que notre système de mobilisation prévoyait un retrait des troupes à quelques kilomètres de la frontière. C’est ce qui a été fait d’ailleurs à partir du 30 juillet 14 où les troupes, pour éviter tout incident. On sent que la guerre est imminente. On retire les troupes actives de l’extrême frontière et la garde-frontière est assurée uniquement par des bataillons de douaniers, des bataillons de chasseurs forestiers et des gendarmes. Là on sent la solitude du veilleur qui a en charge toute la sécurité du territoire derrière lui et qui est engagé en « enfant perdu » en première ligne.

Donc effectivement, aux tout premiers jours de la guerre, les bataillons de douaniers sont formés en face de l’Allemagne, donc sur une frontière franco-allemande qui n’a pas le même dessin qu’aujourd’hui puisque vous savez que l’Alsace et la Moselle étaient annexées à l’empire allemand. Donc, c’est sur cette frontière provisoire de 1870 à 1914 que s’effectue la mobilisation et on va trouver, dès les premiers jours, des douaniers en premier rideau pour observer les troupes allemandes. D’ailleurs, c’est à cette occasion que le premier prisonnier allemand est fait le jour de l’entrée en guerre de l’Allemagne par une unité des douanes de Belfort qui capture un sous-officier du 22e dragon badois.

Schéma montrant l’idée d’ensemble du plan Schlieffen de 1905 – Document Pierre-Yves Hénin

Après les choses vont aller au rythme du plan Schlieffen – alors je le résume pour nos auditeurs – le plan Schlieffen consistait en quoi ? A étendre démesurément l’aile droite allemande pour déborder par la Belgique les troupes françaises et les troupes anglaises et essayer de les enfermer dans un vaste mouvement de tenaille.

Après la bataille des frontières, après l’échec des Français à rentrer vraiment en Alsace, le front s’est stabilisé de ce côté-là, avec des unités douanières d’ailleurs en première ligne. Et puis chacun des deux adversaires va essayer de déborder l’autre, les Allemands donc, je vous le disais, passant par la Belgique et la douane française au fur à mesure activant toutes ses unités qui étaient positionnées tout le long de la frontière, donc, cela va être d’abord les Ardennes et ensuite le Nord, avec l’appel à la mobilisation des unités qui se trouvaient de Lille à Dunkerque, autour du 20-21 août 1914.

Les choses vont très vite. La guerre est déclarée le 3 août 14. Le 21, les Allemands sont face à Lille et commencent à encercler également Longwy, ainsi que Maubeuge, Givet, et toutes ces places et là, on assiste aux mêmes mouvements qu’en 1870. C’est-à-dire les douaniers participent à la défense de ces places fortes. Ils vont également faire l’éclairage des places fortes pour le compte des militaires qui les commandent et enfin il y aura un fait d’armes assez remarquable en août, à la fin août 14, où la compagnie forteresse de Longwy, commandée par le capitaine Genneseaux, décide de refuser la capitulation de la place. La place a été bouleversée par les tirs d’obus de gros calibre allemand et le capitaine Gennesseaux rassemble ses douaniers, ce qu’il en reste, rassemble également quelques militaires qui ne voulaient pas céder et qui ne voulaient pas capituler. Et ce sont 150 hommes qui parviennent à faire la percée et à rejoindre Verdun où ils se reforment.

Drapeau du Bataillon des Douanes – Photo © Musée national des Douanes à Bordeaux

C’est ce qui vaudra à cette compagnie de forteresse la première citation collective à l’ordre de l’armée et nous vaudra plus tard, en 1921, la Croix de guerre qui sera accrochée au drapeau des douanes. Car effectivement, je n’en ai pas parlé tout à l’heure, mais en 1880 la Troisième République « de la revanche » remet à la douane son premier drapeau.

Joël-François Dumont : Il y a aussi un lieutenant, douanier, victime des Allemands qui a été fusillé…

Yvan Chazalviel :  Paradoxalement cette histoire est une histoire d’amitié. Parce qu’en fait, elle vient de la rencontre entre deux historiens amateurs. Mon ami Sebastian Laudan, Kriminal Direktor – directeur de la police criminelle de Berlin – qui avait travaillé sur l’historique d’un régiment allemand, l’Infanterie Regiment 72, un régiment de Thuringe, en garnison à Torgau sur l’Elbe, l’endroit où les Américains et les Russes se sont rejoints en 1945.

Ce régiment fait partie du 4e corps. Il va foncer à travers Valenciennes et bousculer la 84e division territoriale et les douaniers qui étaient à leur suite.  Dans l’historique de ce régiment, il y est question d’un mystérieux lieutenant des douanes qui a refusé la capitulation et qui a essayé de désarmer un des soldats allemands qui le gardait. Il a été fusillé. Et mon camarade Sebastian Laudan cherchait le nom de ce douanier.

Moi je n’avais pas l’historique de l’I.R.72, mais en revanche, grâce au « livre d’or des douanes », qui retrace l’ensemble des morts douaniers de 14-18, j’ai pu identifier ce douanier : il s’appelait Drancourt, Émile Drancourt.

C’est un homme originaire de Cambrai, né de parents tisserands et qui présente vraiment le profil classique d’un douanier qui a fait son chemin dans la hiérarchie douanière avec une instruction primaire et beaucoup de volonté…

Drancourt s’engage à 20 ans en 1889 au 43e RI, le régiment de Cambrai. Il est natif du coin, il passe rapidement caporal. Il bénéficie de ce qu’on n’appelait pas encore les emplois réservés, mais une « affectation spéciale douane ». Cela veut dire qu’en 1892, il rejoint les douanes. Je rappelle que pour être douanier, il fallait avoir été soldat, c’est un point important. Il gravit les échelons. Il est brigadier des douanes à Madagascar où il va rester quelques années de 1897 à 1901 et en 1901, il rentre en métropole pour deux bonnes raisons. La première, je ne les place pas dans l’ordre, l’une est de prendre son grade de sous-lieutenant à Longemer près d’Épinal et l’autre de se marier avec une payse, Marie Denoyelle, qui est institutrice dans la région de Cambrai.

Quelque temps après, il est lieutenant à Givet en 1908, puis à Valenciennes. Il va être appelé le 24 août avec son bataillon, le 2e bataillon des douanes de Valenciennes. Il lui reste deux jours à vivre et tout va aller très vite.

Le 2e bataillon va perdre des hommes à la bataille des frontières à Crespin et à Saint-Aybert, donc, dans cette couverture de l’extrême frontière. Le bataillon revient vers Valenciennes, commence à se replier vers le sud. Et là, on bascule dans la tragédie parce que les lignes de repli de ce bataillon sont juste dans l’axe de l’avance allemande. Donc ils vont être bousculés, balayés.

A droite, ils essaient de se rabattre vers Lille : ils n’y parviennent pas. Quelques hommes passeront. Ils essaient de repartir à gauche, vers la place de Maubeuge, dont j’ai parlé tout à l’heure. Quelques-uns y parviendront qui seront ensuite faits prisonniers et pour la compagnie du capitaine Georges Fourmanoy, c’est l’enfer. Il y a deux nouveaux morts et Drancourt est fait prisonnier lors d’une reconnaissance à Saint-Python le 25 août, avec les deux autres officiers et quarante-six douaniers.

La suite nous est rapportée par les souvenirs du colonel chef de corps du 71e Infanterie Regiment, dont j’ai parlé tout à l’heure. Il parle pour le 25 août d’un officier des douanes, un « géant barbu, très accablé par la capitulation ».  Le lendemain il est à la tête d’une rébellion contre les gardiens. Alors qu’est ce qui s’est passé ?

A ce moment-là, nous sommes à la veille de la bataille du Cateau-Cambrésis. Les Anglais de la BEF se sont repliées de Mons. Mons, c’est la première bataille d’arrêt où le corps expéditionnaire anglais essaie de retarder les troupes allemandes.

C’est un échec et les Anglais se replient sur le Cateau qu’ils mettent en état de défense. Ils vont tenir pendant 24 heures. Alors que se passe- t-il ? Nous avons des prisonniers, français et anglais mêlés, toujours plus nombreux gardés par un groupe d’Allemands de moins en moins nombreux et, à la fin, Drancourt se retrouve avec cinq autres captifs. Il n’y a plus que deux gardiens armés. Il se saisit du fusil du premier et appelle à la révolte. Le second gardien l’ajuste, tire et comme il bouge encore, l’achève à coup de baïonnette. Les versions varient mais selon certains, les cinq autres soldats auraient été également exécutés. Là on n’a pas pu trancher ce dernier point. En tous les cas, Drancourt est le premier officier des douanes tué pendant la guerre 14-18 et il va être enterré d’abord au Cateau ; ensuite il aura, grâce à son épouse, une tombe de famille dans la région de Cambrai et il recevra, à titre posthume, la Légion d’honneur en 1920.

Joël-François Dumont : Alors pendant toute cette guerre 14-18, notamment à partir de 1915, les plus jeunes douaniers sont carrément incorporés dans les unités combattantes. Ils occupent des tâches de prévôté, notamment à Dunkerque, mais il y a quand même autre chose. Il y en a qui étaient responsables de la surveillance du littoral et là, on apprend un fait d’armes extraordinaire : des douaniers capturent un sous-marin !

Yvan Chazalviel :  Oui c’est une histoire un peu rocambolesque. Alors effectivement en 1915 les bataillons douaniers ne sont forcément tous en première ligne. Il y en aura quand même dans la région de Belfort. Il y en aura également du côté de Dunkerque, mais les agents les plus âgés vont se voir confier des tâches de prévôté pour lesquelles ils sont d’ailleurs félicités par l’amirauté à Dunkerque. Ils se voient également confier des tâches traditionnelles de surveillance de la frontière et là arrive un jour l’imprévisible…

Nous sommes le 26 juillet 1917 : une patrouille de douaniers – ils sont trois peut-être quatre – passe près de Wissant. Alors, Wissant, il faut se représenter, c’est près de Boulogne, des plages de la mer du Nord très plates. Quand la mer se retire, c’est sur des kilomètres et là qu’elle n’est pas la surprise des douaniers de voir au milieu de la brume, une sorte de « long cigare », échoué qui mesure à peu près 50 mètres de long. Ils s’approchent pour voir s’il s’agit d’une tentative de débarquement, ou encore et découvrent … un sous-marin. Il a été identifié depuis. C’est un sous-marin mouilleur de mines, le UC-61, construit en Allemagne en 1916 et qui en est à sa cinquième mission. Avec son équipage, le commandant Georg Gerth coulera 12 navires dans la Manche et en endommagera 3 autres…

Sous-marin de type UC II, avec ses tubes lance-torpille, 18 puits de mines et son canon de 88 – Document Richard Migliori

Alors comment fonctionnaient ces sous-marins ? C’était des sous-marins « mixtes ». Ils étaient à la fois pourvus de torpilles, d’un canon pour attaquer des bâtiments en surface et, surtout, de puits de mines. Donc, ils lâchaient des mines marines dans des points de passage obligés de l’adversaire et ensuite ils se mettaient en chasse, soulagés du poids de 18 mines, ils pouvaient aller chasser la croisière alliée, essayer de couler soit des bâtiments qui transportaient des troupes ou du fret ou encore des bâtiments de guerre. C’est dans une mission de ce type que ce submersible lors de sa cinquième croisière,  faute des repères qu’il fallait pour faire son point, n’a pas vu qu’il allait talonner un banc de sable, ce qui est arrivé. Il devait déposer des mines, je l’ai dit, devant Dunkerque et Boulogne et ensuite partir en chasse dans le golfe de Gascogne. Il n’en aura pas l’occasion puisque la marée s’est retirée plus vite que prévu et le bateau s’est échoué sur le sable.

Le UCII-61 de la Flottille des Flandres photographié peu après son sabordageDocument Musée allemand des sous-marins

Le commandant du navire fait sortir ses hommes d’équipage, il y avait à peu près vingt personnes à bord. Il allume les charges de destruction parce qu’il sent bien qu’il est repéré et qu’il n’aura pas le temps de se remettre à l’eau. Les 30 charges explosent endommageant le sous-marin. Dans le même temps les douaniers ont donné l’alerte. Une patrouille de cavalerie belge passe et va transmettre l’information à Dunkerque d’une part et d’autre part s’assure de la vingtaine de prisonniers.

Joël-François Dumont : Les douaniers se battent donc les armes à la main. Mais il y a aussi une autre guerre qui se joue, c’est une guerre économique qui n’avait pas encore de nom mais qui existait bien bel et bien. Et l’on fait appel aux douaniers pour leur compétence ?

Yvan Chazalviel : Tout à fait là c’est comment dire un avatar du rôle économique des douanes dont on parlait tout à l’heure en préambule. Il s’agit et ça ce n’est pas seulement les agents des brigades, c’est aussi les agents chargés du dédouanement et du contrôle du commerce extérieur. Il s’agit d’empêcher la contrebande de guerre, d’éviter que l’ennemi d’alors, l’Allemagne, ne se ravitaille en produits de première nécessité, en produits stratégiques, fer, manganèse, produits servant à la fabrication d’explosifs, les nitrates du Chili. Donc représentez-vous que l’Allemagne, elle est sous l’effet d’un blocus interallié et pour que ce blocus soit parfait, il faut lutter contre la contrebande de guerre et cela va se faire en collaboration étroite avec la marine nationale.

Joël-François Dumont : Les douaniers sont alors chargés de « missions spéciales ». En quoi consistent les « missions spéciales ».

Yvan Chazalviel : On a eu une information en fait dès 1920, grâce à un journaliste qui a eu son heure de gloire et qui est un peu oublié maintenant, Jacques Mortagne, qui a beaucoup écrit sur les héros de l’air entre 1919-1939 et il a parlé bien sûr des aviateurs. Il a beaucoup parlé de Jules Védrines, qui est un personnage exceptionnel, et il a également parlé des missionnaires douaniers avec trois histoires un peu romancées : « Missions spéciales », « Au poteau » et « Douaniers en mission ».

C’est un sujet qui par la suite, a été creusé par un précurseur, Claude Pellerin, membre de l’Association de l’Histoire de l’Administration des Douanes, qui a écrit plusieurs articles pour l’AHAD. Le livre qui fait à l’heure actuellement autorité et que je recommande, est un ouvrage remarquable du lieutenant-colonel Olivier Lahaie, « Les missions spéciales pendant la Première Guerre Mondiale »[2] publié en 2018 aux Éditions Histoire & Collection et qui fait un point de la connaissance sur ces missions spéciales. Mais encore une fois, on ne sait pas tout, car ces missions étaient secrètes, les archives ont disparu, si bien qu’on en est réduit pour certaines choses à des conjectures.

Joël-François Dumont : Une autre révélation de cette Première Guerre Mondiale, c’est l’avènement de l’aviation. En quoi les douaniers ont-ils été concernés ?

Yvan Chazalviel : Alors ils ne l’ont pas été tout de suite à vrai dire. L’histoire des missions spéciales, c’est la rencontre du corps militaire des douanes avec sa capacité de renseignement, de collecte de renseignements et une arme aérienne qui se structure à cette époque-là.

Muizon : Mémorial de la 1e bataille aérienne – Photo G. Garitan

Vous savez que le premier vol enregistré en France, c’est celui de Clément Ader en 1890.

Le 5 octobre 1914, le caporal Quenault, à bord d’un Voisin III piloté par le sergent Frantz, abat un Aviatik allemand

Mais après, l’histoire s’accélère terriblement avec un premier vol officiel enregistré en 1906, avec le franchissement de la Manche par Blériot en 1909 et avec, pour la première fois en 1910, une vraie formation militaire aérienne qui va participer aux manœuvres de Picardie, la création en 1912 de l’aéronautique militaire, si bien qu’en 1914, nous alignons 162 avions, c’est-à-dire moins que l’Allemagne mais plus que la Grande-Bretagne.

Le Voisin III, bombardier et avion d’attaque au Musée de l’Air & de l’Espace – Photo © Joël-François Dumont

Ces avions au départ sont multitâches : ils font du renseignement, de l’observation, ils déposent des officiers de liaison, ils vont se lancer dans la chasse puisqu’il y aura le 5 octobre la première victoire aérienne remportée par les Français Joseph Frantz et Louis Quenault.

Le sergent-pilote Joseph Frantz et le caporal Louis Quenault ont été décorés pour leur fait d’armes sur leur Voisin III

En novembre 14, on commence à se lancer dans des bombardements d’usines, dans des bombardements stratégiques. Donc vous voyez, à partir du même outil, très imparfait, on va commencer à mettre en place les grandes tâches de l’aéronautique militaire que sont le renseignement, l’observation, la chasse et le bombardement. Et en même temps, on va dire que tout cela peut permettre aussi de franchir les frontières pour aller déposer des observateurs chez l’ennemi. Et c’est là que les douaniers entrent en scène. Mais auparavant, comme je suis comme quand même un peu juriste, je vais rappeler quels étaient les risques encourus par ces gens qui allaient de l’autre côté de la frontière recueillir du renseignement. Étaient-il des espions ? Ce qui leur valait d’être fusillés. Où étaient-ils des militaires en mission et, dans ce cas, protégés par la convention de La Haye.

Les travaux de la Haye là-dessus sont allés assez loin parce que les législateurs dans les années 1910 sont assez préoccupés par ces déposes d’agents, par ces bombardements, par les capacités offertes par les voyages aériens. D’ailleurs on ne parle pas encore de l’arme aérienne, on vise autant les ballons, les dirigeables que les avions. Et donc ce qu’on peut en retenir de façon très schématique, c’est que soit on était en civil et on risquait fort de finir au poteau parce qu’on était considéré comme un espion. Soit on était en tenue d’uniforme, partiellement ou totalement, on avait un ordre de mission et on avait peut-être une chance de s’en tirer… si l’on n’était pas tué tout de suite…

Joël-François Dumont : Au passage on peut mentionner les avions les plus connus de ces débuts de la Première Guerre Mondiale. Il y avait bien sûr l’ancêtre, le Blériot XI et puis on est arrivé au Morane Saulnier, dit « le parasol ». Ensuite, ça a été le célèbre Nieuport X qui a remporté de nombreuses courses aériennes et qui est devenu en 1915 un biplace, ce fut l’avion de Jean Navarre notamment.

C’est là que Guynemer, un « Nieuportiste » a fait ses débuts. Après des avions qui vont s’illustrer comme le Caudron G3, un drôle de petit canard. Un biplan avec une hélice propulsive au large train qui était certainement lent mais qui a l’avantage d’être très stable. Et enfin, le bombardier furtif le Voisin X. En 1918, à la fin de la guerre donc, c’étaient des avions qui commençaient vraiment à s’imposer avec des pilotes comme Védrines, Guynemer, Navarre, De Rose, le groupe des Cigognes et les douaniers étaient à bord…

Le Vieux Charles de Guynemer (Spad VII original) au Musée de l’Air & de l’Espace – Photo © Joël-François Dumont

Yvan Chazalviel : Tout à fait mais je reviens juste un instant sur les avions. Les avions qu’on vient de décrire là, sommairement, que vous avez évoqués en rappelant leur nom et à quoi ils servaient, ce n’étaient pas les avions les plus performants mais c’était des avions qui, à un moment donné répondaient à un besoin. S’il y avait à transporter un missionnaire – car on les appelait missionnaires – avec son matériel et notamment ses pigeons pour pouvoir correspondre, envoyer du renseignement. Et donc on va choisir le Morane Saulnier « parasol », pourquoi ? On choisit le Blériot, pourquoi ? Parce qu’il n’y a que cela de disponible en 14 !

La première mission de dépose d’un agent a été faite en Blériot X. On va avoir ensuite le Morane Saulnier, pourquoi ? Parce qu’avec son aile parasol, il donne un très bon champ de vision au sol. Or il faut poser l’avion sur des prairies souvent en mauvais état où les Allemands ont pu tendre des pièges, donc voir le sol est essentiel. Même si le Morane Saulnier n’est pas très rapide, il permet bien voir. 

Le Nieuport X est un avion extrêmement fiable et en fait de biplace qui va devenir chasseur simplement parce qu’on bouche la place du passager et on en rajoute une mitrailleuse. Mais comme quoi on fait un peu argent de tout et de nécessité vertu.

Nieuport XI aux couleurs de Charles Tricornot de Rose, père de l’aviation de chasse française – Photo Zulu

Le Caudron G3, c’est un avion qui a la particularité d’avoir un train d’atterrissage très large, ce qui permettait de se poser sur des prairies inondées où il y avait des obstacles. Et quant au bombardier furtif Voisin X, il avait la particularité d’avoir fait du bombardement de nuit et on s’est aperçu que, faisant du bombardement de nuit, et étant très discret, il pouvait également déposer des agents Donc, vous voyez à chaque fois, je voudrais insister, là-dessus, les gens qui ont conçu ces missions, cherchent la solution la plus adaptée à des problèmes très concrets.

Joël-François Dumont : Alors on peut dire quand même qu’à l’époque, les douaniers étaient spécialisés dans l’espionnage militaire, dans la guerre économique. Donc déjà on retrouvait ce qu’ils avaient fait lors du blocus avec l’Angleterre, ça devenait une spécialité.

Yvan Chazalviel : C’est tout à fait vrai avec une particularité, je dirais, c’est que en 14-18, nous sommes dans une guerre industrielle, donc avec des flux importants de soldats, de marchandises, d’obus, de matériels de toutes sortes et un objectif très particulier. Et c’est ça qu’il faut avoir constamment en tête.

L’obsession du commandement français, c’est d’observer la rocade ferroviaire qui relie les troupes allemandes au Nord et à l’Est. Car c’est grâce à cette rocade ferroviaire qui passe par Charleville-Mézières que les Allemands vont pouvoir faire roquer, selon le terme des échecs, des troupes de la Picardie en Artois, sur la Somme et à Verdun. Et donc il était essentiel pendant cette période pour le haut-commandement français de savoir ce qui transitait par ces voies ferrées et, si possible, de détruire ces voies ferrées. Donc les deux missions des douaniers vont être d’observer et si possible de détruire ou d’endommager ou de retarder le transit sur ces voies ferrées.

Détachement de douaniers devant le cénotaphe lors du défilé historique du 14 juillet 1919 []

Et pourquoi on prend des douaniers pour ces tâches-là ? C’est simplement parce que justement le douanier est un ancien militaire, donc il a une culture militaire, il sait reconnaître des unités adverses, il sait observer des flux et ça, c’est la base du métier de douanier. Donc il saura dire si c’est une section qui est passée où une compagnie ou un bataillon ou un régiment et il saura aussi rendre compte puisque le douanier, quand il rentre de service, la première chose qu’il fait c’est de faire son compte rendu de service. Donc il y avait des agents qui avaient la culture militaire, la capacité d’observer, la capacité de rendre compte et en plus la plupart étaient originaires de la région, ce qui leur permettait de connaître les rues, les chemins les plus dérobés et d’arriver à se dissimuler car ils jouaient chacun leur vie.

« La Victoire est entrée le 14 juillet 1919 dans Paris » – Lire l’article du Figaro de Robert de Flers publié le lendemain

Joël-François Dumont : En 1918, à l’heure du bilan 12.000 douaniers mobilisés dans leurs bataillons, 1426 morts, 1905 blessés, 5 fusillés, cela fait quand même beaucoup. Sans oublier peut-être 52 missions spéciales recensées…

Yvan Chazalviel : Tout à fait. Sur les 52 missions spéciales recensées, on sait que 23 ont été traitées par des douaniers, soit à peu près la moitié, avec un paroxysme, je dirais, en 1915. Et effectivement, ces missions vont permettre de faire face aux offensives d’Artois et de Champagne, donc d’observer les troupes allemandes. Et il y aura notamment un succès tactique extrêmement intéressant qui va être obtenu grâce au rapport du sergent Herblot.

Le sergent Herblot, père de sept enfants, est quand même volontaire pour aller observer les Allemands. Il va passer 15 jours derrière les lignes allemandes. Il va récupérer des informations qui vont permettre aux Français de conquérir un segment de tranchées au Moulin sous-couvent et de faire 8000 prisonniers et 2000 morts. L’histoire finit mal d’ailleurs puisque au moment où Jules Védrines veut aller le récupérer, le sergent Herblot est intercepté par les troupes allemandes sous les yeux de Védrines qui est en l’air et qui assiste à son arrestation. Heureusement Herblot va sauver sa tête et passera trois ans en captivité. Il sera libéré en 1919.

Joël-François Dumont : Après cette très belle page d’histoire, 1870, on en a parlé, 1914-18, en 39-45, c’était la même chose ? Les douanes d’aujourd’hui sont-elles très différentes. D’ailleurs je dis « les douanes » … Dit-on la douane ou les douanes ?

Après près de 100 ans d’absence, la douane défile de nouveau sur les Champs-Élysées – Archives Photo © Douane 2016

Yvan Chazalviel : C’est un petit peu une question de mode et d’époque. Les deux termes sont exacts. On parlait des douanes comme on parlait des droits indirects. On considérait que chaque droit de douane était différent de notre droit et donc la douane était chargée de collecter l’ensemble des droits de douane, d’où le pluriel comme on parlait de la Ferme Générale ou des cinq grosses fermes. La mode maintenant tend à parler de « la douane » mais le terme « les douanes » sent, le siècle dernier mais il est tout à fait exact.

Joël-François Dumont : Avec vous, Yvan Chazalviel, nous allons ouvrir maintenant une autre page d’histoire. Vous avez été pendant plus de 7 ans, ce qui est long, diplomate à Berlin. Vous étiez « Attaché douanier de la France auprès des pays de l’Europe du Nord ». Vous n’étiez pas donc pas qu’en Allemagne mais dans d’autres pays également. Quel est le regard que vous portez sur l’action de la douane à l’étranger ? Font-ils un travail qu’on ne connaît pas, qu’on n’imagine pas ?  Et je prends un exemple. Je sais, que vous avez beaucoup travaillé sur le dossier Covid. Et là, la douane a t-elle joué un rôle particulier, notamment à l’étranger ?

Yvan Chazalviel : Quant au regard que la douane française porte sur l’action de ses représentants, ce serait à mon administration de vous répondre. Mais, ce que je peux dire, c’est que nous formons un réseau de près de vingt attachés douaniers de par le monde. C’est le réseau douanier, à ma connaissance, le plus important des pays de l’Union européenne, ce qui n’est pas négligeable et si l’administration a choisi d’investir là-dedans, c’est parce que le retour sur investissement est considéré comme satisfaisant.

Concernant la Covid, je dirais que la lutte contre le virus a impacté l’ensemble des missions douanières : C’est-à-dire faciliter l’importation des masques, l’importation des produits nécessaires aux soins, le transport international de produits de soins.

J’ai le souvenir d’une très belle coopération avec la douane allemande pour acheminer des produits de l’Institut Pasteur-Paris à l’institut Pasteur-Dakar, qui a été tout à fait remarquable et où les douanes allemandes nous ont beaucoup aidés.

J’ai en tête également un transport sous douane de gants chirurgicaux entre la République tchèque et la France où les douanes ont travaillé la main dans la main – ce qui était tout indiqué en matière de gants d’ailleurs, à tel point que nous avons appelé cette opération « Glove story », tellement elle avait bien marché…

Donc aider au commerce licite, clairement, aider à l’acheminement des produits et, en même temps,  notre rôle a été de lutter contre différentes escroqueries ou différentes fraudes en rapport avec la Covid, comme, par exemple, la fourniture de masques ne correspondant pas aux normes, des escroqueries aux masques ou aux vaccins ? En effet des escrocs, des aigrefins, qui ont proposé des masques qui n’existaient pas à des collectivités et la douane a agi pour protéger les populations et les institutions chargées de la lutte contre les fléaux sanitaires.

Joël-François Dumont : La grande criminalité organisée, le trafic de cocaïne, tous ces trafics, on sait que c’est un combat permanent de la douane ou des douanes, mais il y a toute cette crapulerie qui a des conséquences. Les faux médicaments, cela peut tuer. Là encore, les douaniers sont au premier rang. Est-ce que la coopération entre douaniers français et douaniers allemands, douaniers français et douaniers tchèques, par exemple, cela marche bien ?

Yvan Chazalviel : J’irais plus loin que vous. Je dirais qu’elle a été optimale sur des sujets qui sont d’importance vitale comme ceux-là.

Timbre poste émis en 1983 – Gravure jacques Jubert

On a été encore meilleurs que nous l’étions sur des sujets plus habituels parce que ce sont des thèmes encore plus mobilisateurs, si je puis dire, et qui sont vraiment d’intérêt commun. Oui, je peux dire que, vue de Berlin, la coopération douanière en matière de lutte contre la Covid a été exemplaire.

Joël-François Dumont : Évidemment, dans la durée, cela crée des liens d’amitié quand on est pendant sept ans en poste à Berlin dans tous ces pays.

Yvan Chazalviel : Tout à fait. Cela restera autant de pierres blanches qui ont jalonné ma carrière. D’ailleurs, je peux dire que la Covid a complètement renouvelé l’intérêt pour notre activité parce qu’il a fallu être inventif, découvrir de nouvelles méthodes de fraude et aller plus vite que les organisations de fraude. On a parlé de l’impact direct, médical de la  Covid, mais la pandémie  a également changé les stratégies des groupes criminels qui importaient des produits stupéfiants et nous avons dû nous adapter à cette évolution, à tel point que nous avons plus de saisies de drogue, dans l’année qui vient de s’écouler que dans les années précédentes, preuve qu’on a su suivre le mouvement.

Joël-François Dumont : Il y a quelques mois, je m’en souviens, vous étiez très heureux de voir que vos amis tchèques, vos amis douaniers tchèques, avaient décidé de faire un cadeau à la France…

Yvan Chazalviel, Attaché douanier pour l’Europe du Nord à Berlin – Photo © Joël-François Dumont

Yvan Chazalviel : Oui, vous pensez aux gants. C’est la fameuse opération « Glove story » précédemment évoquée. La République tchèque avait beaucoup de gants chirurgicaux en réserve et dans le cadre d’une bourse aux équipements au niveau européen, ils ont proposé à la France qui était en manque de ce produit de leur en fournir et l’affaire a été suivie d’un bout à l’autre par les douanes tchèques, par l’attaché douanier à Berlin et par la douane de Reims qui a assuré la mise en sécurité des produits en liaison avec les pompiers locaux puisque c’était une belle coproduction de sécurité en temps réel entre douane et pompiers des deux pays.

Joël-François Dumont : Douanier un jour, douanier toujours ! Maintenant après la période juridique c’est la période historique qui s’ouvre pour vous ?

Yvan Chazalviel : Oui, j’espère comme jeune retraité avoir effectivement un peu de temps devant moi pour creuser quelques « cold cases » comme celui du douanier Drancourt, cold case qui remonte à août 14 et où certaines circonstances des dernières heures, du douanier Drancourt demeurent encore inconnues. Et c’est un sujet que j’aimerais approfondir pour lui rendre hommage.

Joël-François Dumont : Est-ce que le problème des douanes sur le plan historique, c’est d’avoir un très beau musée, mais de l’avoir à Bordeaux et pas à Paris ?

Yvan Chazalviel : Il y a beaucoup de musées à Paris, il faut penser à la province – c’est le provincial qui parle – et c’est mon avis d’autant plus désintéressé que je suis Toulousain et non Bordelais…

L’hôtel des Douanes, ancien « hôtel des Fermes du Roi » quai de la Douane à Bordeaux - Photo Dominique Repérant
L’hôtel des Douanes, ancien « hôtel des Fermes du Roi » quai de la Douane à Bordeaux [5] – Photo Dominique Repérant

Mais c’est un musée extraordinaire parce qu’il occupe des locaux qui étaient déjà occupés par la Ferme générale au milieu du 18e siècle, c’est-à-dire qu’il y a une continuité d’occupation « douanière » de ce magnifique bâtiment sur la grand’ place de Bordeaux depuis le 18e siècle.

C’est un musée qui renouvelle régulièrement ses expositions et qui a rouvert récemment. Donc je ne peux qu’inviter nos auditeurs qui seraient de passage à Bordeaux à aller, dans le respect de la règlementation sanitaire, visiter ce musée qui est une excellente entrée en matière sur l’histoire et l’administration des douanes et auprès duquel on peut se procurer un certain nombre d’ouvrages sur des sujets historiques liées à la douane. Les amateurs de bandes dessinées seront certainement séduits comme je l’ai été par la nouvelle exposition thématique temporaire « BD Douane » prévue jusqu’au 5 décembre 2021. 

Joël-François Dumont : Yvan Chazalviel, il me reste à vous dire merci pour cet entretien.

Yvan Chazalviel : Merci à vous.

[1] « Les missions spéciales pendant la Première Guerre Mondiale » aux Éditions Histoire & Collection (2018).

[2] Voir : Les douaniers sous le 1er Empire – « C’est surtout dans les états allemands que les douaniers s’illustrent. Ils combattent lors du siège de Hambourg sous les ordres du maréchal Davout. Ils vont y former pour la première fois un régiment, le 2e régiment des douanes impériales, créé par un ordre spécial de Davout du 17 août 1813 et placé sous le commandement du directeur Pyonnier, directeur des douanes impériales à Hambourg. Ce corps comprendra des unités d’infanterie, un escadron de cavalerie, une compagnie d’artillerie et même un élément naval.» Source : Batterie des Grognards de Haute-Alsace.

[3] « A qui profite le jihad ? »  Livre de Xavier Raufer (Éditions du Cerf, 2021)

[4] A Strasbourg, les Douaniers se battent sous les ordres du colonel Blot. Ils seront les seuls à faire des prisonniers…

[5] Le 14 juillet 1919, un défilé historique a été organisé à Paris pour commémorer la victoire des armées alliées sur l’Empire allemand. Les troupes françaises et alliées ont marché sous l’Arc de Triomphe avant de passer devant un grand « cénotaphe aux Morts pour la Patrie », installé provisoirement au début de l’avenue des Champs-Élysées, entouré des canons pris à l’ennemi.

Ayant largement participé et s’étant même illustrée en tant qu’infanterie territoriale aux combats de la Grande Guerre 1914-1918, les bataillons de douaniers et les douaniers qui avaient servi dans d’autres armes étaient à l’honneur au même titre que les autres unités combattantes.

C’est ainsi qu’un détachement de 32 douaniers dirigé par le chef de bataillon Edouard Véret, commandant du 1er bataillon actif des douanes de 1914 à 1918, suivi du drapeau militaire des bataillons et de sa garde, puis d’un officier à la tête de deux rangs de douze douaniers ont pris part à ce grand défilé.

Les douaniers étaient revêtus de l’uniforme bleu horizon de l’infanterie, coiffé du casque Adrian modèle 1915 et armé de fusils Lebel modèle 1886 et Berthier 07/15. Leurs pattes de collet au cor de chasse inclus dans la grenade, le passepoil garance sur le pantalon et leur drapeau militaire les distinguaient des autres corps. Photo publiée dans l’Illustration. Sources : Christophe Mulé, auteur de « L’engagement militaire des douaniers en 1914-1918 » publié aux Éditions du plateau (2018) et AHAD.

[6] Appelé à l’origine « hôtel des Fermes du Roi », cet édifice de style néoclassique a été conçu spécifiquement pour accueillir la Ferme Générale, ancêtre de la douane sous l’Ancien Régime, une compagnie privée qui prélevait pour le compte du roi les droits et taxes sur les marchandises. Le bâtiment abrite encore aujourd’hui la Direction interrégionale des Douanes de Bordeaux. Sa construction a été lancée sous l’intendance de Claude Boucher pour servir de décor à la statue équestre du roi Louis XV. En 1984, l’institution des Douanes décide d’installer dans l’ancienne halle de dédouanement, au rez-de-chaussée, le premier musée national des Douanes. Cet établissement, unique en France, présente l’histoire de l’administration des Douanes, l’une des plus anciennes en France, de l’époque moderne à nos jours, et à travers elle, une partie de l’Histoire de France. L’hôtel des Douanes est classé monument historique (Source Wikipedia).