L’Allemagne prépare la succession d’Angela Merkel

Après bientôt seize ans de règne, la chancelière Angela Merkel devrait passer la main en septembre prochain. La CDU s’est réunie en congrès le 15 janvier dernier pour désigner son nouveau président, lequel, traditionnellement, est appelé à devenir Chancelier.

Photo BS © Palinchak
Qui succèdera à la chancelière Angela Merkel le 26 septembre prochain ? – Photo BS © Palinchak

Après l’élection d’Armin Laschet, ministre-président de la Rhénanie du Nord-Westphalie, on se trouve devant une situation très particulière : l’homme élu par ce 33e congrès organisé en visio-conférence, en raison de la pandémie, n’a pas vraiment la faveur de l’électeur de base allemand qui lui préfère très nettement le ministre-président bavarois, Markus Söder, l’actuel patron de la CSU, un protestant dont les Allemands plébiscitent la gestion de la crise de Covid 19 et dont ils saluent le charisme et l’autorité.

Patrick Moreau : Le système politique ,allemand en mutation – Photo © Joël-François Dumont

Au cours d’une émission le 15 février sur La Voix du Béarn, deux politologues renommés, Françoise Thom à Paris et Patrick Moreau à Berlin, analysent la situation en Allemagne en s’entretenant avec Jean-Michel Poulot et Joël-François Dumont. La donne politique allemande est en train de changer : les Sociaux-démocrates disparaissent des radars au fil des élections, l’électorat des extrêmes retourne aux partis traditionnels et les Verts sont donnés favoris pour gouverner avec la CDU-CSU. Après plus de soixante années de partage du pouvoir entre la CDU et son allié bavarois et le SPD, l’Allemagne est en pleine mutation.

Le Professeur Patrick Moreau est né en Allemagne, à Wetzlar, en 1954. Chercheur au CNRS, professeur invité de sciences politiques, il est aussi connu pour ses livres, écrits en français, en Allemand et même en anglais. Citons, notamment, « De Jörg Haider à Heinz-Christian Strache, L´extrême-droite autrichienne à l´assaut du pouvoir » aux Éditions du Cerf (collection Politique, Paris 2012). En 2014, avec Stéphane Courtois, il publie « En Europe, l´éternel retour des communistes 1989 – 2014, Communisme 2014 », aux Éditions Vendémiaires à Paris. Enfin, L´autre Allemagne : Le réveil de l´extrême droite, aux Éditions Vendémiaires à Paris en 2017. Depuis une dizaine d’années il s’est imposé comme un des meilleurs spécialistes des extrêmes (extrême-gauche et extrême-droite).

Françoise Thom, née en Alsace, est historienne de formation, politologue, professeur agrégée de Russe. Elle a enseigné à la Sorbonne pendant de longues années. Elle est aussi l’auteur de plusieurs livres de référence sur la Russie et l’ex-URSS, citons « La langue de bois (Julliard, 1987), « Glasnost, Gorbatchev & Lenin : Behind the New Thinking » avec Regan David (1988); « Le moment Gorbatchev » (Hachette, 1991); « Les fins du communisme » (Criterion, 1994); « Béria, le Janus du Kremlin » (Le Cerf, 2013).

Françoise Thom – Portrait © JFD

Dans son dernier ouvrage « Comprendre le poutinisme » (Desclée de Brouwer, 2018), elle analyse la politique étrangère de la Russie à travers les évolutions de sa politique intérieure et nous donne des clés pour comprendre la politique du Kremlin à l’égard de l’Occident… Elle réagit également à la désignation d’Armin Laschet à la tête de la CDU telle que les media russes l’ont accueillie en expliquant le phénomène Navalny persécuté par Poutine et les organes (SVR, GRU) dans la droite ligne du redoutable KGB, un opposant charismatique qui a survécu par miracle à un empoisonnement au Novitchok. Elle signe également régulièrement des chroniques dans des grands quotidiens français et étrangers et est considérée comme une des meilleures soviétologues.

Les Français sont rarement polyglottes, c’est un fait, ils connaissent généralement assez mal les pays qui les entoure, que dire de pays plus lointains. Dans leur très grande majorité, les Français, ils ignorent la complexité des systèmes politiques étrangers. Qu’il s’agisse de la lointaine Russie ou même de l’Allemagne, pourtant voisine… Et ils méconnaissent les institutions fédérales que les Alliés leur ont imposées après-guerre pour éloigner à jamais « un danger allemand ». Des institutions qui ne sont pas restées figées et qui ont évolué au fil du temps. Particulièrement sous l’égide du Chancelier Helmut Kohl qui restera pour les Allemands le chancelier de la Réunification. Un homme d’État très respecté qui présidera aux destinées de l’Allemagne pendant seize ans !

Helmut Kohl et Angela Merkel, deux longs mandats qui illustrent la très grande stabilité politique des institutions allemandes, un phénomène aussi rare qu’exemplaire, au service d’une économie qui est sinon la deuxième, la troisième du monde…